SOME/EXHIBITION : SAL*PE - OEUVRE BY RENAUD BARGUES AT GALERIE NICOLAS HUGO PARIS

 s a l * p e  artwork by renaud bargues

s a l * p e  artwork by renaud bargues

Galerie Nicolas Hugo - la subversion de l'enfant prodige

Au commencement, il y avait l’enfant, le petit prince esthète et rêveur. Et puis progressivement, comme le héros d’un roman abouti, le jeune Demian s’est transformé en un homme de goût, à l’aura sans nul pareil.

Emporté dans un souffle quasi-prophétique, le prodigieux Nicolas s’impose déjà comme un grand collectionneur, mécène superbe, qui fait et fera couler beaucoup d’encre palpable ou dématérialisé. Au-delà de sa verve maîtrisée, la vision de Nicolas Hugo se distingue et s’oriente instinctivement autour d’une ligne artistique solide et cohérente.

L’œil qui pétille, la diction qui frise la perfection, le débit rapide et assuré, Nicolas Hugo a le don d’impulser spontanément un ordre cartésien au flot de ses idées qui semblent pourtant, derrière une imparable vivacité, s'agiter allègrement. Marchand d’art, mais pas trop ou bien pas uniquement, c’est donc un fin initié qui n’a guère besoin de redoubler d’effort pour diriger sa vision et fasciner ses clients. 

De profane chez Nicolas Hugo, il n’y a donc que les thèmes de ses expositions, ne répondant pas toujours à des prédications très puritaines ou bienséantes. C’est donc à l’occasion de l’exposition de Renaud Bargues, qu’il accueille en ses murs, délicatement intitulée « Sal*pe » que nous avons eu l’envie de lui offrir une fenêtre sur la couche sensible de la toile virtuelle.

Nicolas Hugo Gallery - the subversion of the prodigious child

In the beginning there was the child ; the little prince, the aesthete, the dreamer. And little by little, like the hero of a story fulfilled, young Demian turns into a man of taste with a aura unparalleled.

Swept away by an almost prophetical breathe, prodigious Nicolas already established himself as a great art collector, splendid patron, who makes and will make flow like water - tangible or dematerialized ink. Above his inevitable panache, the vision of Nicolas Hugo is distinguishable and instinctively turns towards a solid and consistent direction artistically.

With an eyes that fizzes and the words close to perfection - swift and confident in their delivery. Behind his intensity unstoppable, Nicolas Hugo has the spontaneous knack for encouraging a cartesian order to the flow of his excitedly boiling ideas. This art merchant, but not too much - or at least not only - is the true insider who does not need to work twice as hard to direct his collections and fascinate his clients.

The boldness of Nicolas Hugo only seems to show in the concepts of his exhibitions, not always fitting to puritanical or politically correct speeches. With this exhibition of Renaud Bargues, in his gallery, tactfully entitled "Sal*pe", we feel it is time to weave him into this virtual fabric called the web, a puckish thread.

Renaud Bargues Charlotte 4 copy.jpg

Renaud Bargues - your own private Sal*pe

Dans l’antre de l’esthète, il y a les artistes. Et puis en ce moment, un artiste particulier, Renaud Bargues, mi story-boarder, mi-sculpteur à l’encre de Chine. Architecte à ses mouvements perdus. Sa plume nerveuse et rapide perce l'espace manichéen d’une feuille vierge, pour y dégrossir un univers sombre et décadent. L’autodérision est sans bornes. L’audace fixe le sourire.

Et les références pleuvent sans nous échapper. Elles s’imposent à nos yeux habitués à pareille violence. La douce subversion de ses traits semble caresser d’une folle bienveillance les courbes racées des personnages qu’elles dépeignent ; la triste réalité des lieux, évènements et autres objets qu’elles décontextualisent, détournent, désorientent.

Ici le propos s’impose bukowskien. Là, il s’enrichit des œuvres de Bret Easton Ellis. Là bas, il use de la verve de Catulle pour s'emparer des silhouettes de ses catins contemporaines. C’est ainsi que l’on se demandera qui est Sal*pe, égérie de cette exposition, muse désabusée, reine du bal des dégénérés. A son sujet, permettez-moi quelques digressions. Un plaidoyer pour une mauvaise fille que Renaud Bargues ne nous laisse d’autre choix que d’adorer.

Alors que je me penche à proprement parler sur l’étymologie même du mot, je réalise que « Sal*pe » est d’origine incertaine. L’évidence me frappe. L'incertitude serait donc la source même de ses maux.

De « Sal*pe », l’on dit volontiers qu’elle est une mauvaise fille ou une fille de joie. Débauchée, trainée, garce, pétasse, traitresse, connasse, marie-salope ... Personne hautement méprisable par sa conduite ou sa morale, femme coupable de tromperie,  garce sans scrupule, aux mœurs corrompues, partenaire soumise à une impulsion sexuelle salace. D’aucuns pense d’elle qu’elle devance les désirs de ses prochains, d’autres la traitent comme une attardée. Voyez donc qu’il est de constat universel que l'incertitude est son motto. Qu’on l’encense ou qu'on la bannisse, nul ne parvient à s'accorder.  Sal*pe ne serait donc qu'une bâtarde que l'on se plait à utiliser en l’adorant puis à renier en l’accusant ?

La Sal*pe de Renaud Bargues adopte une pose suggestive. Le cul dans la fange et le sexe offert. Elle nargue son public, lui pisse dessus dans un accès de colère, une pulsion désinvolte. Mais jamais méprisante de ses visiteurs.

Elles s'exhibe sous l'oeil colérique d'un enfant de chœur, s’entoure d'accessoires aux formes phalliques détournées, nous envoie son poing américain en pleine face ou s'effeuille sous la menace d'une arme en plastique qui fait parfaitement illusion.

Le poète Catulle avait sa Lesbie ; Bukowski traitait sa propre femme comme une dégénérée réduite à l'état d'objet ; Renaud Bargues, lui, expose ses démons pervers avec force de respect et de compassion - d'admiration latente. Il offre un monde perceptible qui se découpe en autant d'indices formant une énigme dont le public devient lui-même metteur en scène. Renaud Bargues nous tend la baguette du chef d’orchestre pour diriger ses pièces selon notre propre logique, notre palette imaginaire et nos désirs inconscients. Le puzzle de ses toiles s'assemble, comme l’on aligne les cubes d’un petit casse-tête pour grands enfants.

D’attisé, l’intérêt du visiteur devient lubrique. On voudrait en voir plus de cette Sal*pe qui obsède tant son maître. Force est de constater que l’essai est prometteur. Et d’affirmer joyeusement qu’il est riche de saloperies, le monde de cet artiste là.

Renaud Bargues - your own private Sal*pe

In the hands of the devotee are the artists. Renaud Bargues, with Indian ink, half-storyboards, half-sculpts lost movements like an architect.  His frenetic and fast plume pierces the manichean spaces of a blank sheet and polishes a dubious and decadent universe. The self-mockery is endless. The audaciousness invites a smile.

And the references shower down effortlessly. They fall into our eyes at a speed that is violent and familiar. Gently yet subversively, his mad benevolence caresses the curbs of the characters with each line ; the sad reality lies in the places, events and other objects that are decontextualized, twisted, distorted. 

In one way the message is bukowskian. Then in another, it is enhanced by the work of Bret Easton Ellis. And then again, it uses Catallus' flair to capture the silhouettes of contemporary  harlots. And moreover, one wonders who is Sal*pe, the muse of this exhibition, the disillusioned lady-of-the-ball.  And on the subject of her, I digress in order to plea for the bad girl Renaud Bargues encourages us to adore. 

As I take a closer look into the etymology of the word, Sal*pe comes from uncertain origins. This fact is obvious. The uncertainty of its very origin is the source of all her pains. 

For Sal*pe, one easily says she is a bad girl or a lady of pleasure. Debauched, slut, whore, tart, traitor, bitch, madam ... A highly despisable person on the account of her behaviour or her morals, a woman guilty of trickery, a bitch without apology, a female with corrupted habits or a partner subject to filthy sexual instincts. Others just treat her as retarded. Hence it seems to be with unanimous view that uncertainty is her motto. Laud her, banish her, no one never reached a conclusion. Thus is Sal*pe only a bastard that you enjoy by adoring her and then deny by  accusing her ?  

Renaud Bargues' Sal*pe is evocatively exposed. The ass in the mire and sex offered. She taunts her public, pisses on them with anger like a child at play. But she does not despise her visitors. She peaks from the eye of an altar boy, surrounds herself with twisted phallic shaped accessories, throws her brass knuckles right in our faces or undresses when threatened by a plastic toygun. 

Catullus the poet had her Lesbia ; Bukowski objectifies his own wife as backwards ;  as for Renaud Bargues, he depicts his deviant demons with deep respect and compassion - and a latent dose of admiration. He offers a perceptible world, a riddle with many clues that the spectators themselves can wrestle with. Renaud Bargues gives us the conductor's wand to connect his works of art according to our own logic, our imaginary palette, our reckless longings. On his canvas, one assembles his own puzzle.  

Aroused, the desire of the visitor becomes lustful. You wish you knew more about this Sal*pe that obsesses her master so much. Worthy of note is that the attempt is promising. And to joyfully affirm that the world of this artist is one with delighting artful dirty things.

 

s a l * p e - Œuvres de Renaud Bargues

Co-curateur Steven Vandeporta - Ouvert sur rdv en appelant le 06 33 24 29 19

Galerie Nicolas Hugo 60, rue Monsieur Le Prince 75006 Paris

M° Cluny-La Sorbonne

Texts by Charlotte Robert | S/TUDIO

English translation : Charlotte Robert & Maria Mocerino